mardi 26 février 2008

Cool, man !

Un autre jour, alors qu’on se promène à bord de notre rutilant 4X4 Suzuki, on croise un vieil homme sur la route à qui l’on demande où l’on peut acheter quelques fruits (on ne s’en lasse pas !). Le vieillard ouvre un sac et nous tend des citrons et des pamplemousses. Nous proposons bien sûr de les lui acheter. Il refuse (« no money ») et reprend sa route. Ainsi font, ainsi sont les Dominicains. Combien de gens se sont arrêtés juste pour nous demander comment nous allions ? Pour nous tendre un fruit, nous montrer un perroquet caché dans les feuillages ?

Ce sens de l’accueil se double d’une zénitude pas possible. Sur la plage de Portsmouth, là où sommeille Yallingup, il y a Big Papa, un bar-resto-cybercafé, arraché à un rêve. Ici, la vie roule à 2 à l’heure. On croit à un problème technique, genre ralenti imprévu. Mais non. Les rastas soutiennent les murs (à peine un mouvement fugace pour porter les pétards à leurs lèvres), Big papa sirote sa bière, des visages émergent du bar, figés, les yeux perdus vers l’horizon. Des airs de reggae montent jusqu’au sommet des cocotiers. Les enfants, les notres, s’ébrouent sur le sable avec une kyrielle de petits noirs. Ça sent la ganja et le rhum. Ça calme.

Le dernier jour, il faut nous arracher à ce décor, et à ces gens si doux. En levant l’ancre, dans la nuit, la musique cavale dernière nous. C’est mercredi, et tous les mercredis, c’est reggae party chez Big Papa…

La Dominique, c'est aussi Big Papa...

...sa plage

... et Jessie, un comité d'accueil à lui tout seul

Avec Tom et Marc de Grenouille

Promis on reviendra

Mardi 5 février - La Dominique à croquer

Après Madère et le Cap Vert, notre troisième gros coup de cœur.

Coincée entre la Guadeloupe et la Martinique, la Dominique ne ressemble ni à la première ni à la deuxième. Une île complètement à part, à des milles et des milles de la France. Nous mouillons au nord, à Portsmouth, loin de l’agitation de Roseau, la capitale du sud. Durant deux jours, c’est le cloisonnement total à l’intérieur du bateau pour cause d’évaluations du Cned (grrrrrrrr !!!!), et aussi pour cause de pluie (car la Dominique, c’est un peu la Normandie des Tropiques), mais ensuite, c’est l’extase.

Comme tous les nouveaux arrivants, nous avons été pris en charge par un boat boy.. Les boat boy sont des types aux yeux de lynx qui devinent le bateau à l’horizon avant même qu’il ait quitté son port d’attache. En Dominique, ce sont des guides officiels qui vous laissent le temps de jeter l’ancre avant de proposer leurs services (On n’est pas à Ste Lucie !). Notre Boat Boy à Portsmouth, c’est Martin. La grande classe ce Martin, et le sens des affaires de surcroît (un jour, il quittera son petit bateau à moteur pour aller arpenter les rues de Wall Street avec son attaché case).

Donc, après ces deux jours de retraite forcée, Martin comprend vite qu’on a des fourmis dans les jambes et nous propose de nous larguer en pleine forêt tropicale toute une journée. Nous partons le matin à l’aube sous une pluie battante, et non sans appréhension car à moins de se muer en champignon, on se demande bien ce qu’on va pouvoir faire avec nos K-Way de misère. Et puis, bizarrement, la pluie s’arrête. Martin nous prête deux parapluies king size et nous voilà partis, Lilliputiens au pays des géants.

La foret tropicale, le Cned nous avait prévenus, c’est très grand, c’est immense, et même encore plus que ça. Mais là, ça dépasse l’entendement. Nous tombons nez à nez avec des machins d’un format qui, dans la seconde, nous ramènent au rang de fourmis, pour ne pas dire de microbes. Les racines débordent de la terre, les troncs sont si larges que les anciens y creusaient leur pirogue dans un seul tenant. Ils sont si haut qu’on n’en voit pas la cime. Nos regards n’arrivent pas à épouser les formes. Il faut reculer toujours plus et lever les yeux toujours plus haut. Ici, il n’y a qu’un sens pour les photos : la verticale. Même les fougères ressemblent à d’immenses évantails taillés pour quelque géant de la mythologie.

Nos chaussures font splatch splatch dans la terre gorgée d’eau. L’air est un mixte de parfums magnifiques, mais malheureusement difficilement identifiables. De temps en temps, des perroquets multicolores s’échappent de la jungle. De temps en temps, aussi, il pleut, puis ça se calme. La rain forest se déchaînent au-dessus de nos parapluies. Et, par-delà le sentier, l’inextricable et impénétrable nature. On regrette d’avoir oublié la machette au bateau, mais pourquoi faire ? S’enfoncer là-dedans, c’est se perdre. Impossible même de s’orienter grâce au soleil. Même quand il brille, la forêt l’empêche de percer. Pas de cache-cache aujourd’hui, les enfants !

Après cette balade inoubliable, nous empruntons une route de campagne qui doit nous mener vers une cascade. La forêt tropicale laisse place à un verger tout aussi immense. Oranges, bananes, pamplemousses, citrons…. Nous ramassons des kilos de fruits tombés à terre comme des gamins enivrés par la profusion. L’équipe des oranges contre l’équipe des pamplemouses. Ces derniers remportent le match. Ce sont les meilleurs qu’on n’ait jamais mangé (blancs, juteux, sucrés juste ce qu’il faut…) Mais ce n’est pas fini : sur le chemin qui mène vers la cascade, Martin nous rejoint et nous montre à droite l’arbre à cannelle, à gauche, les cabosses du cacaoyer, l’arbre à pain, les papayes, les manguiers, les cafetiers… En Dominique, nous savons maintenant que les gens sont très pauvres, mais qu’il est impossible de mourir de faim.

Dominique nous voilà !

Dans la jungle, l'immense jungle...

...au pays...

... des géants

Fougères arborescentes

Du vert, toujours du vert

Fleur de balisier

Hibiscus

Ananas

Des bananes

Des oranges

Des oranges partout

Une des 365 rivières de la Dominique

Baignade à Chaudière Pool

Hey Man, tu mates le 4x4 Suzuk

Martin ne craint pas la pluie, lui


vendredi 22 février 2008

Martinique : la France tranquille

Le retour au pays est plus doux que jamais. Nous mouillons aux Anses d’Arlet avec face à nous un petit ponton menant tout droit à l’église et au village joliment réparti autour d’elle. On dirait une pub pour la campagne de Mitterand. Etonnamment, il y a une affiche de Ségolène, placardée sur le presbytère déplumé (cyclone oblige, les tuiles se sont envolées au Paradis). Aux Anses d’Arlet, la plage est belle, la mer plate, l’eau claire. Papy mamie ont pris un rythme d’enfer. Le premier à 10 minutes pour se baigner le matin avant de se muer en Bob l’éponge pour sa première vaisselle de la journée. La seconde, survitaminée aux mangues, maracujas et autres ananas, sort les cartables avec la ferveur des nouveaux enseignants. Ensuite, ce sera atelier pompon, atelier gateau, activité natation… Mais les intermittents du Cned flanchent vite : les règles d’accord entre le nom et l’adjectif s’accordent mal avec le bleu turquoise environnant. La grève menace. Alors tout le monde à l’eau et rendez-vous à la tombée du jour pour le petit planteur du soir.

Le dimanche 27, autre retrouvaille choc avec Yvette, la marraine de Frédéric, la mamée des enfants. En vacances pour 3 semaines chez Chantal, sa belle-fille, on la retrouve sur le ponton, avec émotion. Roger, son mari, le papé des enfants, décédé quelques semaines plus tôt, est aussi là à travers le livre qu’il a co-écrit sur Jeanne d’Arc et qu’il nous a dédicacé avant de mourir. Déjà 40 000 exemplaires vendus. La consécration après des années de travail pour que perce enfin la vérité sur cette femme aussi bergère que je suis capitaine.

Les jours qui suivent sont paisibles : petits restos, petites navigations… Papy et mamie nous quittent. En rentrant le soir au bateau, on se sent tristes et seuls dans notre coquille de noix. Heureusement, Mamée prend le relai et nous invite au restau. Mais qu’est-ce qu’on va devenir quand on va se retrouver à nouveau tous les cinq ? En plus, les soucis de santé s’accumulent : Corentin doit être décalloté une nouvelle fois, Pablo a mal aux intestins et Fréd apprend qu’il est atteint d’une double cataracte. Corinne, la pédiatre en chef de l’hôpital du Lamentin, habite sur le bateau à côté du notre à la marina du Marin. Elle nous ouvre des portes précieuses, pour ne pas dire des portails. Le jeudi, nous louons une voiture et partons en expédition pour la journée au Lamentin… avec les cartables dans le coffre pour travailler en attendant d’être reçu par notre staff médical.
Au terme de ce raid hospitalier mené tambour battant, tous les problèmes se résolvent à peu près. L’échographie de Pablo ne décèle rien de particulier. Corentin est un nouvel homme. Et, Frédéric est pris en charge par une super ophtalmo qui lui dégotte un rendez-vous pour une angiographie l’après-midi même à Fort de France. Au terme de l’examen (favorable), Frédéric décide d’attendre le retour en métropole pour se faire opérer des yeux et apprend, avec un certain soulagement, que le scanner cérébral, prescrit quelques heures avant, n’est finalement pas nécessaire.
Toutes ses tracasseries sont balayées le lendemain par des retrouvailles inattendues : Morgane, notre bateau copain, est là à côté de nous au mouillage !!! Ils arrivent de leur traversée. Ils sont tout salés, tout abasourdis et complètement soufflés après une transat éprouvante. On est tellement content de se voir qu’on décide de retarder d’un jour notre départ pour la Dominique.

Pour la Saint Valentin...


...offrez-lui un cadeau éternel !


Enfin un vrai prof de maths !


Variations sur le jaune en arts plastique

Première vaisselle de la journée

Cours de Navigation Astro


Avec Chantal et Mamée Yvette au resto

Enfin une vraie barreuse

Le marché de Fort de France


Souvenir de vacances

Jean-Maurice et Corinne, notre pédiatre à domicile

Un peu d’anti-américanisme primaire

On serait bien resté quelques siècles de plus à l’îlot Madame et à l’îlot Chancel, mais décision est prise de partir pour l’archipel des Grenadines avec escale sur l’île Sainte Lucie au sud de la Martinique. Malheureusement, la remontée au vent jusqu’au canal de Sainte-Lucie est sans cadeau. Pour une première, c’est du lourd, et même du méga lourd. Mer dure et vent violent. Les paquets de riz volent, même les bouquins de notre cabine s’effondrent, manquant de justesse les plaques d’œufs, habituellement bien à l’abri sur le lit. 4 membres de l’équipage sur 7 succombent au mal de mer. Six heures plus tard, le port de Rodney Bay, à Sainte-Lucie, nous fait à tous l’effet d’un enchantement. Frédéric se couche, épuisé. Le reste de la famille s’en va goûter aux plaisirs simples de la vie : boire, manger, respirer…

Adieu lagons, corail, tortues… Les Grenadines, ou oublie, c’est fini. Ce sera pour une autre vie quand mamie sera repartie. Et puis, il y a tant de choses à faire sur la terre ferme de Sainte Lucie : le marché aux épices, les sources sulfureuses du volcan, les joies des baignades en cascade… Moments agréables, mais Sainte Lucie nous laisse un goût amer ! Car, si la Martinique fait illusion un temps, les Antilles sont bien sur la zone amérique. Et qui dit Amérique dit Américains (et là, ça fait tout de suite moins planant malgré tous les pétards qui se roulent par ici)…

Ancien Etat du Commonwelth, Sainte Lucie s’est donc ricanisé de son mieux : le dollar (créolisé) claironne et les fucks, créolisés, rythment les conversations dans les pubs (créolisés). Mais le plus dur, c’est cette manie de tout formater, de tout organiser, de ne rien laisser aux hasard… N’importe quelle visite prend l’allure d’un parcours chez Ikea. Et les baignades, dans ce qui fut jadis des plages sauvages magnifiques, rappellent l’ambiance piscine municipale des samedis après-midi. Il faut alors imaginer d’immenses bétaillères (euh, pardon, catamarans day charters) dégueulant sur la plage près d’une centaine de touristes d’un seul coup à raison d’une rotation toute les 45 minutes.

Et puis, pour ne rien arranger, il faut payer tout le temps : pour voir, pour passer, pour mouiller, et bientôt pour respirer. Dans ce monde d’argent, Moorings, le roi du bateau de « loc », ne s’est pas embêté : il a fait de Marigot Bay son garage à bateaux en parcant sa 30aine de voiliers dans ce qui dût être autrefois un trésor du patrimoine naturel. Mais Moorings a sans doute payé plus que nous tous réunis.

Corbeille de fruits flottante à Rodney Bay

Les 'Boat Boys' vendeurs de bananes

Ma première noix de coco

La toilette à Marigot Bay

Notre guide Lawrens sait découper les mangues, lui...

Jam sait faire du feu avec une noix de coco, lui...

Les joies du tourisme de masse à l'Anse Cochon

Ma Mamie à moi

Papy et mamie en chair et en os

Papy et mamie Ganet débarquent à la Martinique. C’est l’événement de l’année. 100 mètres avant le point de ralliement sur le ponton, les enfants hurlent dans l’annexe. Leurs cris de joie déchirent la nuit calme de la baie du Robert sur la côte Est de l’île. Les retrouvailles sont ENORMES : nous n’en revenons pas de les voir là si près, et eux n’en reviennent pas de nous voir si vivants et si entiers. Mais très vite, les aviateurs sont mis au jus : dans l’émotion, nous avons oublié d’amarrer l’annexe que l’on retrouve heureusement peu de temps après. Puis, durant la nuit, l’ancre de Yallingup dérape sur la vase. Le voilier recule, manque de toucher le catamaran derrière nous. De toute urgence, il faut démarrer le moteur et partir mouiller plus loin. Il est 4 heures et les Toulonnais commencent à penser avec nostalgie à cet avion où ils étaient esquichés, mais finalement si peinards.

Le lendemain, cap sur un coin de paradis, découvert quelques jours auparavant : le Havre du Robert et ses îlots de rêve sur la côte orientale de l’île. De tout petits morceaux de terre, cernés de sable blanc où l’on boit le ti punch avec de l’eau jusqu’aux genoux. Un paradis rien que pour nous, et pour cause : personne ne s’aventure sur cette côte où les récifs affleurent un peu partout et où le vent de l’Atlantique déferle de toute ses forces. Il faut avoir un goût indécrottable pour l’aventure et avoir navigué des centaines d’heures en Bretagne au mileu des cailloux pour se payer le luxe d’un tel pari. Bref, il faut être un Fred. De l’autre côté de l’île, sur la côte Caraïbe, des milliers de bateaux sont à touche-touche dans des baies immenses et bondées. Nous, nous sommes comme des rois à faire griller nos tranches de thon au milieu des cocotiers et des bernards lhermittes.

Le soir, la magie se poursuit. Ouverture des valises au trésor : c’est Noël après l’heure. Cadeaux de papy et mamie, mais aussi d’amis qui ont profité de la navette pour nous témoigner leur affection. Des paquets, des lettres, des livres, des DVD, l’expo virtuel de Gigi, des volcans pas du tout virtuels et même des olives du pays de Chaumarty… Grosse déferlante d’émotion. La France ne nous a jamais paru si près.


Pablo retrouve son Papi

Tiphaine et Corentin retrouvent leur Mamie

Le Père Noël après l'heure

Mouillage devant l'Ilet de la Grotte

Les fonds blancs, idéal pour ne pas mouiller la cicatrice

Les fonds blancs, idéal pour siroter le ti'punch

L'Ilet Madame, pas mal non plus

Qu'en pensent René et Jacqueline...

Thon au barbecue

Un moment de répit

Le Loup Garou, une Ile mirage

Le départ pour Ste Lucie s'annonce périlleux (il le sera)