jeudi 15 novembre 2007

Porto Santo, le repos

Une grande plage de sable blond, une zone Wi-Fi qui marche (phénomène quasi surnaturel), des cactus qui prolifèrent, un mur de quai orné de centaines de petits dessins laissés par les navigateurs de passage… Porto Santo nous accueille bras ouverts. Il n’y a rien à y faire, et nous n’y faisons rien. Nous restons trois jours face à cet énorme rocher volcanique sans songer un instant à aller voir ce qui se passe derrière. L’île restera pour nous un décor de théâtre, et le lieu de rencontre de deux nouveaux bateaux qui marquent fortement cette escale, et sans doute celles à venir : « Morgane » à bord duquel vivent Ronan, Ingrid et leurs deux enfants, Chloé et Pierre. Et puis « Café Liégeois » avec Stéphane, Sylvie, Charles et Arthur.

Sur la plage de Porto Santo


Corentin à la boulange

Dégustation


dimanche 4 novembre 2007

Photos de la vie à bord

Ca bosse dur à l'arrière


Pablo au sommet de sa forme


Photo volée


Tiphaine toujours en forme


L'heure du bain


Corentin (le traître) hisse les couleurs anglaises


samedi 20 octobre 2007

Allo la terre ici Tiphaine

Nous venons de faire notre première longue traversée entre Gibraltar et Madère : 4 jours et 4 nuits sans mettre pied à terre ! En plus, le bateau tanguait (bouger) beaucoup car il y avait des énormes vagues. Mes deux frères, Pablo et Corentin, n’arrêtaient pas de vomir. Ils ne pouvaient rien manger. Moi, j’avais moins le mal de mer : je n’ai vomi que trois fois. Pour ne pas être malade, je me mets dans ma cabine pour écouter des disques. Et aussi, je dors beaucoup. Papa et maman, eux, ne dorment pas beaucoup car ils font des quarts : comme le bateau ne s’arrête pas la nuit, ils se relaient pour naviguer.

Il y a des moments très agréables en navigation : comme quand on voit des dauphins. En traversant le détroit de Gibraltar, on en a vu des dizaines qui sautaient de partout.

Vivre sur un bateau est très différent de la vie à la maison même quand on est au port. Par exemple, à la maison on a toute l’eau qu’on veut. Mais sur le bateau, non ! Il faut toujours économiser. Et puis, il faut faire attention à ne pas trop se salir car il n’y a pas de machine. Du coup, avec mes frères, on fait souvent la vaisselle et on lave le linge. Il y a aussi une grosse différence : on n’a pas de voiture. Alors, pour se déplacer, on fait du stop ou alors on prend un taxi.

Quand il y a du vent et que le bateau bouge, je préfère la vie à terre. Mais quand tout est calme et qu’on est port, je préfère la vie sur le bateau. Car, en plus, dans les ports, on rencontre plein de gens de tous les pays. On s’est même fait des copains de notre âge qui font le même voyage que nous. Avec eux, on n’arrête pas de pêcher, de jouer à la trotinette, et on s’invite à manger.

Dimanche 7 octobre - Madère, c’est très loin

4 jours et 4 nuits pour rallier Madère. Le passage du détroit de Gibraltar se fait au moteur : il faut vaincre les courants très forts qui poussent l’eau de l’Océan dans la Méditerranée. Et puis le vent se lève. Mer forte, grosses vagues et gros stress : cette fois, on y est. On quitte la Mare Nostrum pour pénétrer dans l’Atlantique. Impossible de reculer. C’est un peu le début de la traversée.

Corentin et Pablo sont très malades. Chacun son seau. Tiphaine aussi succombe, puis moi, puis Fréd. Passage très rude où il faut non seulement secouer l’épave que l’on est soi-même mais aussi les trois enfants qui sont à bord. Il faut pourtant se forcer à manger à tout prix : un abricot sec, trois cuillères de riz, un morceau de pain qu’on laisse fondre doucement dans la bouche. Car il faut tenir 24 heures sur 24. Bizarrement, j’attends les quarts de nuit avec impatience : au moins, là, les enfants dorment et les cieux étoilées sont d’une incroyable beauté.

Quatre jours, c’est si court quand on est à terre. Mais quand on ne voit plus la terre, c’est une éternité. On devient animal à dormir quand on se couche, à capter tous les bruits, à ne plus compter que sur soi, à protéger sa meute… La brosse à dent est devenue d’une futilité inouïe.

Le 3e jour, un tout premier oiseau, perdu dans l’océan, se pose sur mon bras. Sans le voir, je le balaie du revers de la main. Je m’en voudrai longtemps. C’est le premier et seul être vivant, avec une mouette et une libellule, que nous verrons en plus de 96 heures.

Tiphaine s’amarine très vite. Le jour de l’arrivée, elle est capable de dévorer des assiettes de raviolis. Elle brosse le pont, lave les hublots, abat les voiles… Corentin a presque retrouvé l’envie (l’envie seulement) de manger. Ne reste plus que Pablo, très affaibli, qui jure qu’il voyagera beaucoup en avion quand il aura 18 ans.

Et puis c’est la terre. La terre !!!!! Un bloc énorme de roche volcanique posé au beau milieu de l’océan. Un truc irréel, genre Rencontre avec le 3e type. Mais qu’est ce que fait ce machin, planté là au milieu ? C’est pelé, noir, assez moche, mais on trouve là ça trop beau. En plus, il y a des voitures et même des camions et même une grue. On croit rêver. C’est l’île de Porto Santo, petite sœur de Madère. Il va falloir recommencer à parler, et en plus en portuguech.

Samedi 6 octobre - Marocco express

Ceuta, c’est sympa. C’est le Maroc en Europe. Belles rues pavées où l’Espagne et l’Union européenne ont balancé des euros sans compter. Mais l’envie est trop forte d’aller voir de l’autre coté du rideau, le vrai Maghreb. Une brosse à dent pour cinq dans le sac à dos et nous voilà partis pour deux jours au Maroc. Le rideau n’est pas en fer, mais presque. Il nous faut marcher le long d’un corridor de près de 300m de long, bousculés par des dizaines de Marocains qui reviennent de faire leurs courses au Lidl. Un hélico survole le ciel. Des barbelés surplombent tous les récifs qui s’avancent dans la Méditerranée. Nous quittons le monde des riches pour un autre monde. Une autre planète. Le sentiment d’être sur une ligne de fracture nous saisit Fréd et moi. Les enfants regardent les femmes, toutes voilées, marcher à grands pas, mais sont plutôt séduits par les douaniers Marocains qui parlent étonnamment français.

Passée la frontière, première négociation d’une longue série : il faut marchander le prix d’un taxi qui nous conduira jusqu’à Chebchaouen, dans le Rif Marocain, à une centaine de kilomètres. Nous découvrions un peu tard que les taxis marocains sont des Vatanen lobotomisés. Evidemment pas l’ombre d’une ceinture de sécurité et le compteur bloqué sur 120 dans les routes de montagne. Arrivés à destination, il nous faut bien deux heures pour comprendre pourquoi on n’est pas mort. Mystère. Balade dans la médina de Chaouen. On voulait du Maroc authentique, on l’a. Les babouches pendouillent à côté des poulets. Les mendiants, les épices, les vendeurs assis par terre, les estropiés, les marchands de tapis, les murs en chaux blanche et bleu qui font penser au monde des Schtroumpfs et qui font rêver les enfants… En plus, c’est Ramadan et l’heure de la délivrance approche : les femmes courent le long des rues des plateaux de gâteaux plein les bras. La fête se prépare.



Nous sommes un peu paumés. Sans doute un peu de trop. Le choc est très violent dans ces montagnes pour nous qui vivons au rythme des marinas cossues et de la mer depuis des jours. Nous nous laissons porter jusqu’à un petit restaurant désert où la soupe est les tajins sont excellents. La chambre d’hôtel est des plus sommaires, mais il y a cinq lits, ce qui est déjà pas mal. De toutes façons, nous sommes crevés. Mais Corentin qui, avec ses yeux bleus et ses cheveux blonds a échappé à plusieurs kidnappings dans l’après-midi, ne trouve pas le sommeil si facilement. Et, bientôt, une toux rauque venue du fond des montagnes secoue le petit bonhomme. Une heure plus tard, le voilà embarqué dans un taxi avec son papa et le patron de l’hôtel vers l’hôpital de Chaouen. Laryngite. Sous notre chambre, les tambours et les chants se déchaînent. Dormir ? L’enfant, le père et la cortisone reviennent plus vite que ne le permettront jamais les urgences à la française. Cinq heures du matin. La fête s’éteint puisque le jeun reprend. Il reste quelques heures pour dormir, puis prendre un thé à la menthe, puis reprendre un taxi presque aussi fou que le premier.

A l’arrivée à Ceuta, les rues sont toujours aussi propres et bien dallées. En plus, il y a les copains du « Yann et Emilie » qui sont là eux aussi et nous invitent à partager leur poulet au curry. Les enfants sortent les trottinettes, les vélos et les cannes à pêche des bateaux. Nous sommes de retour au pays. Douce Europe !

mardi 9 octobre 2007

10 jours déjà…

On a fait le tour du rocher dans tous les sens. On sait maintenant que la douceur de la marina dissimule une population, essentiellement espagnole, très populaire, beaucoup de crasse, de décharges sauvages et des conditions de travail rudes où les grues ne s’éteignent qu’après 22 heures et tournent même le dimanche.

Le vent d’Est malheureusement, ne se lève pas, laissant des dizaines de marins comme nous dans l’attente. Envie de bouger : nous décidons de partir le jeudi 4 octobre, de l’autre coté du détroit, en Afrique, à Ceuta. On quitte un territoire anglais en terre espagnole pour un territoire espagnol en terre marocaine. C’est pas l’aventure, ça ?